Les mots de Pierre Rabhi

vendredi 29 avril 2016
par  Communication

Le jeudi 31 mars 2016, nous avons eu la chance de participer à un forum sur l’Agro-écologie organisé par le lycée agricole d’Aix-Valabre à Gardanne, et différentes associations engagées vers une société plus respectueuse des humains et de la terre. 
Comment aurions-nous pu manquer cet événement, malgré nos esprits fatigués, tourmentés par un CCF d’économie imminent, la grisaille et le mistral omniprésents et les différentes maladies courantes de l’intersaison ?! L’invité d’honneur n’en était pas moins que le célèbre philosophe agronome Pierre Rabhi.
Reconnu pour ses discours inspirés, pour ses mots de miel, prônant l’insurrection des consciences pour faire face aux problèmes de notre société moderne, il a su adoucir nos maux, et captiver par cette parole l’ensemble de l’assistance.

Dans une première partie de cette conférence éclaireuse, Pierre Rabhi a tout d’abord commencé par nous rappeler, ou pour certains désormais conquis nous apprendre, son histoire.
Pierre Rabhi est né dans le sud de l’Algérie, en 1938 ; il est là, élevé par ses parents biologiques, de très modestes musulmans, dans des conditions de vie simples et naturelles. A l’âge de 4 ans, sa mère décède. Son père enrôlé dans les mines houillères découvertes par les colons, se voit contraint de le confier à un couple aisé de français catholiques. Pierre a eu, grâce à cette adoption, l’opportunité d’aller à l’école et de cultiver son intellect, sa poésie. Il n’a jamais oublié d’où il vient, et ce passé particulier, mêlé de l’islam et du christianisme, a fait de lui un être multiculturel, ouvert, tolérant et bienveillant. Aujourd’hui le philosophe dit « ne se sentir lié à aucune religion », mais en garde leurs plus nobles valeurs.
Après avoir rencontré, à Paris, la femme de sa vie et mère de ses enfants, Michelle Rabhi, tous deux partent s’installer en Ardèche où ils achètent avec leurs petits moyens « un terrain afin d’y développer la vie », vivre au plus près de la nature, en harmonie avec elle, dans un total respect, de notre « Mère » à tous et de ses enfants les humains.
Dans son film "Au nom de la Terre", il raconte qu’au début de cette expérience, ils avaient tellement envie d’accomplir leurs rêves, tellement d’espoir et de volonté, que sans le sou, ils mangèrent principalement des châtaignes pendant 3 ans ! De là est née cette honorable envie de rendre universelle leur agriculture, ouverte à tous, accessible aux plus démunis et adaptée à tout type de climat.
Pierre, aujourd’hui médiatisé pour ses récits et sa philosophie ne cesse de rappeler que sa femme Michelle, est au moins aussi courageuse que lui, et qu’il n’aurait jamais pu accomplir toutes ces choses, parcourir un si beau chemin, sans sa force, son soutien, son aide. Une belle preuve d’amour, un afflux de sensibilité qui, à la simple idée de vous en parler, nous redonne la chair de poule !

Pierre est un utopiste, il nourrit le rêve de par ses actes et ses mots, de voir un jour, un respect universel entre les hommes et le vivant. Ainsi depuis 1981, il fait des voyages en Afrique et en Europe, afin de populariser des techniques ancestrales d’agriculture, respectueuses de l’environnement.
En 1981, au Burkina Faso, il rencontre Thomas Sankara, le vertueusement ambitieux Président de l’époque. Désirant apporter l’autosuffisance alimentaire dans son pays, il confie ses attentes au paysan-philosophe, amoureux de l’Agro-écologie, pour instaurer ses principes à une agriculture pauvre en perdition.
Quelques années plus tard, le Président, décide de nommer Pierre, représentant de l’Agriculture du Burkina Faso. Malheureusement, Thomas Sankara est assassiné peu de temps après, peut-être par des personnes n’ayant pas d’intérêt à ce que le peuple sorte de la misère, en produisant et exportant des denrées produites localement. Pierre a quand même le temps de former de nombreuses personnes à l’agriculture et à l’élevage biologique. Trente ans plus tard, on dénombre environ 100000 fermes biologiques au Burkina Faso. Une réussite concrète, qui force le respect !

Lors de notre rencontre, Pierre Rabhi, a essayé de nous transmettre ce qui d’après lui serait la clé pour vivre une existence heureuse. Celle-ci réside dans la « sobriété heureuse », expression à travers laquelle il entend « celui qui se contente de peu, ne manque de rien ». Stoppons cette course à la croissance qui nous enferme en nous même, insurgeons-nous face à cette société déshumanisée qui nous brime, de par ses codes, cassons la normalité, et vivons !

« La terre est l’élément le plus juste dont nous ne pourrons jamais nous passer ».

Dans cet article où nous avons essayé succinctement, de retranscrire la conférence de Pierre Rabhi, vous remarquerez certainement quelques envolées lyriques. Celles-ci sont amplement justifiées. Nous nous rappelons de cet amphithéâtre, plein à craquer, avec émotion. Pierre, maintenant âgé, pas bien costaud, face à toute cette foule avide de ses paroles, a su capter l’attention de tout un public hétéroclite.
Peut-être à cause des effets de la fièvre, nous sommes sortis comme grisés, enivrés d’espoir dirigé vers l’humain, dans ses capacités, sa force. Malgré le récit de tous ses malheurs, de sa souffrance, Pierre est l’exemple même que l’homme bon peut accomplir de grandes choses, qu’il ne faut pas baisser les bras et rester confiant.
Il termina sur les mots du Chef indien Seattle « La terre ne nous appartient pas, c’est au contraire nous, qui lui appartenons ».

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Pauline Lemarchand
Théotime Bontemps